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24 septembre 2012 1 24 /09 /septembre /2012 05:57

Voilà.

Elle nous avait déposés vite fait et elle était repartie vite fait.

Muets et statufiés, au centre de la cour de ferme, nous avons regardé s'éloigner la voiture sans comprendre vraiment ce qui nous arrivait.

Nous étions ici pour deux mois de vacances, deux mois de convalescence. Enfants pâles et souffreteux, il nous fallait de la nature , du soleil et de l'air pur pour guérir notre coqueluche avait dit le docteur.  C'est pourquoi nous nous trouvions là, mon petit frère et moi, serrés l'un contre l'autre, sages petits paquets abandonnés, éléments incongrus au milieu de cette cour foisonnante, vibrante. Petits hôtes payants d'une famille d'agriculteurs laborieux,  toujours prêts à arrondir leurs fins de mois.

Nous avons compris très vite que ce séjour ne serait pas un bagne. Loin de là.

Notre toux imitait le "chant du coq": pas mal quand on est dans une ferme !!

Enfants de la ville, engoncés dans nos beaux vêtements du dimanche, nous allions connaître ici le plaisir de la liberté. Bon, une liberté sous contrôle, mais une liberté ludique.

La voiture partie,  Arsène, le père de famille, nous dit le plus naturellement du monde :

- Allez  les enfants ! Allez vous changer ! Suivez La Grande! Je vais vous faire visiter l'exploitation ! Et il était parti d'un rire sonore et joyeux,  soulevant son béret machinalement.

D'entrée, nous faisions partie de la famille. D'entrée, nous n'étions pas des petits paquets muets, mais des enfants doués de pensées.

Durant ce séjour, La Grande, la fille de la maison, Christine de son prénom, fut notre guide, notre gardienne, notre nounou, notre copine, notre infirmière :

- Guide : pour se repérer dans le dédale de la ferme.

- Gardienne : nous étions si gauches au milieu des bêtes et des tracteurs!!

- Nounou : pour bébés poussés trop vite.

- Copine : malgré son propre travail à la ferme, elle trouvait le temps de jouer avec nous, les mioches.

- Infirmière : quand chaque nuit n'était qu'une succession de quintes aiguës, avec vomissements et suffocation à la clé : il nous fallait bien une infirmière perso.

 Marguerite, la mère de famille, elle, n'avait ni le goût, ni le temps de s'occuper de nous : elle nous nourrissait, point barre. Pas une nourriture spéciale pour enfants malades, non, mais une  nourriture roborative et abondante pour travailleurs saisonniers agricoles.

Chaque journée à la ferme était une aventure, dont nous étions soit acteurs soit spectateurs. Il nous suffisait de nous poser sur une botte de paille et de laisser la vie faire. Animations visuelles et sonores permanentes. Fortes odeurs de campagne. Sollicitation de tous nos sens .Le chaudron fumant dans lequel bouillait le repas des cochons, l'immense poulailler bruyant flambant neuf, l'obscure étable des veaux, le pré des chevaux placides, l'arrivée récréative du maréchal ferrant... Émerveillement garanti. A chaque jour sa découverte, promptement emmenés par La  Grande ou par Arsène. L'une par obligation, l'autre par amour de son travail et pour voir s'allumer dans nos yeux l'étincelle de l'enchantement.

Tous ses coups furent gagnants.

Par une nuit claire :

- Réveillez vous les enfants, disait La Grande, nous secouant doucement.

- Qu'est-ce qu'y a ??

- Une surprise, nous répondit-elle, énigmatique.

Nous sommes descendus, vaguement inquiets, enroulés dans une couverture, la marque du sommeil sur nos visages chiffonnés.

Il était 2h du matin. La télé dans la cuisine, allumée, projetait ses images noires et blanches jusque dans la cour silencieuse et sombre.

Toute la maisonnée se tenait là, devant le poste.

- Ha! Voilà les enfants! S'écria Arséne, tout énervé. Regardez les p'tiots! Regardez bien! Ils marchent sur la lune!

Incrédules, nous regardâmes l'écran comme tous à ce moment-là. La transmission de médiocre qualité nous montrait deux bonshommes en scaphandres. Face à l'écran tremblotant et crachant ses images étonnantes, tous se tenaient silencieux dans une attitude quasi religieuse.

Quand une heure plus tard La Grande nous ramena à notre chambre, l'astre lunaire brillait comme à son habitude blafarde et glabre.

- Ils sont  bêtes les grands, me dit mon frère avant de se glisser dans son lit. Ils croient à n'importe quoi!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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